LE SATURNISME EN FRANCE
Redécouvert en France depuis les années 1980, le saturnisme infantile est devenu un problème de santé publique préoccupant. D’après une estimation de l’INSERM (1999), il toucherait 85000 enfants de O à 6 ans dans notre pays. Seuls 5 % d’entre eux sont actuellement identifiés. Par ailleurs, le nombre d’enfants ayant une plombémie supérieure au seuil d’intervention d’urgence est estimé à 10000.
Dans notre pays, la source principale d’intoxication est la céruse contenue dans les peintures utilisées avant 1948. Ces peintures sont toujours présentes dans certains bâtiments anciens non (ou mal) rénovés.
L’intoxication par le plomb est responsable de manifestations cliniques diverses et peu spécifiques. Les lésions du système nerveux central, irréversibles, en font toute la gravité. Elles peuvent apparaître même à de faibles niveaux de plombémie, de l’ordre de 100µg/l. Depuis 1998, la France s’est dotée d’un cadre de loi visant à améliorer la lutte contre le saturnisme :
- Le PRAPS (programme régional d’accès à la prévention et aux soins) doit comporter un plan départemental de dépistage et de lutte contre le saturnisme.
- La loi fait obligation au Préfet de définir les zones à risque d’exposition au plomb dans chaque département. Tout bâtiment antérieur à 1948 situé dans ces zones doit être expertisé à la recherche de plomb au moment de Sa vente.
- Le saturnisme est inscrit au tableau des maladies à déclaration obligatoire depuis mai 1999.
- Tout signalement de cas de saturnisme entraîne la réalisation d’une enquête environnementale au domicile de l’enfant. Si cette enquête révèle une accessibilité au plomb, les familles de l’immeuble ayant des enfants mineurs sont invitées à consulter un médecin, le Préfet envoie une injonction de travaux au propriétaire de l’immeuble afin de supprimer l’accessibilité au plomb et les familles sont relogées à la charge du propriétaire pendant la durée des travaux.
- La même série de mesures peut être déclenchée par le biais d’un signalement pour risque d’accessibilité au plomb. Il suffit pour cela de fournir l’adresse de l’immeuble, d’indiquer si de jeunes enfants y vivent et de préciser les arguments sur lesquels se fonde la suspicion (habitat antérieur à 1948, délabrement, peintures dégradées, écailles de peinture au sol).
- Enfin, la législation prévoit la constitution d’un Comité de Pilotage Départemental, destiné à coordonner les actions de prévention et de dépistage du saturnisme infantile.
Une enquête concernant l’état d’avancement de la lutte contre le saturnisme dans les départements français a été réalisée il y a un an. Nous avons recueilli des données sur 73 des 100 départements français de métropole et d’outre-mer :
- Au moment de l’enquête, 17 de des départements avaient effectivement inscrit un volet saturnisme dans leur PRAPS.
- La détermination des zones à risque était effective dans 10 départements seulement et an cours d’étude dans 21 autres. Des cas de saturnisme avaient été déclarés à l’autorité sanitaire dans 12 départements. Le nombre total de cas s’élevait à une centaine.
- Le seuil retenu pour valider un signalement était conforme aux recommandations du CDC d’Atlanta (1OO µg/l) dans 30 départements.
- Des risques d’accessibilité au plomb avaient été signalés dans 18 départements.
- Le comité de pilotage était opérationnel dans 27 départements et en cours de constitution dans 4 autres.
Au total, 10 départements avaient mis en place plus de la moitié des mesures prévues par la loi, et parmi eux 3 seulement avaient mis sur pied la totalité du dispositif.
Cette étude montre que le problème du saturnisme reste insuffisamment pris au sérieux et met en lumière l’ampleur des efforts restant à accomplir dans ce domaine.
Signalons enfin qu’aucun département ne peut se croire épargné. Ainsi, 199 000 logements sont recensés dans la Vienne, parmi lesquels 57 000 construits avant 1915 et 66 000 construits avant 1948. En 1999, ces logements antérieurs à 1948 ont fait l’objet de 1718 transactions immobilières : selon une estimation de la DDASS, 75% d’entre eux seraient plombés et 50 % environ présenteraient une accessibilité au plomb. D’après ces données, l’expertise réalisée au moment de la vente permettra d’identifier 40 à 50 logements plombés par mois dans notre département.
Réf : Dr Stéphanie LOUIS-BELMOUAZ - Médecin Généraliste Dr Michel BERTHIER - Pédiatre - Praticien Hospitalier
